Vendredi 28 novembre 2008

"Des milliers de consommateurs sont prêts à payer

leur café 30 % de plus parce qu'il est est équitable et que ce prix juste permettra à de petits

producteurs et à leur famille d'avoir une vie décente.

Lorsque l'on achète une image 1 euro, permet-on au photographe une vie décente?"

Chaque année le prix des photos baisse, inexorablement. Les raisons sont multiples, parmi

lesquelles l'utilisation généralisée du numérique et l'idée reçue selon laquelle tout le monde serait

capable de produire de belles images, vient ensuite l'ouverture des photothèques en ligne avec

possibilité d'acheter mondialement, pour finir par l'apparition des agences de microstocks,

euphémisme pour parler de micro prix.

La profession est tellement abasourdie par ces changements, que le Libre de Droit, frayeur des

années 2000, passe pour un vaillant défenseur du droit d'auteur.

Le but de cette chronique n'est pas de crier au loup, mais plutôt de nous interroger sur le sens

profond de cette mutation et de ses conséquences.

Chaque produit a un coût qui dépend de sa nature même et en grande partie de la région du

monde où il a été cultivé ou fabriqué. Des citoyens de pays en développement gagnent pour

fabriquer des objets de grande consommation mondiale souvent moins de 100 US $ par mois. On

peut penser que cela est choquant - ou pas - mais ce dont on est sûr, c'est que ces pays

émergents verront sous peu le niveau de vie de leurs habitants augmenter.

Maintenant regardons la situation de la photo, principalement produite dans les pays occidentaux,

où le salaire minimum moyen est d'environ 1000 € par mois, par des photographes professionnels

qui eux ont vu leurs revenus chuter de 30 à 50 % depuis 5 ans. Je parle bien sûr uniquement de

ceux qui sont encore photographes.

La question qui se pose est de savoir si il y a encore une place pour la photo ou tout au moins

pour les photographes. Seraient-ils, comme les derniers Dodos, voués à disparaître alors que la

photo est partout, dans chaque moment de notre vie ?

Le monde serait-il devenu schizophrène ? Sans doute.

Mais nous avons le pouvoir, chacun d'entre nous, photographes, agences, éditeurs, rédacteurs de

magazines, publicitaires, de nous interroger et d'agir. Les deux premiers peuvent décider de ne

pas vendre si le prix proposé est trop bas et sans rapport avec le travail fourni, les autres peuvent

décider d'acheter les photos juste un peu plus cher.

Inimaginable ? Non, il y a d'autres exemples. Des milliers de consommateurs sont prêts à payer

leur café 30 % de plus parce qu'il est est équitable et que ce prix juste permettra à de petits

producteurs et à leur famille d'avoir une vie décente.

Lorsque l'on achète une image 1 euro, permet-on au photographe une vie décente?

Pour arriver au salaire minimum mentionné plus haut, il faut vendre 1000 images, (2000 si les

images sont vendues par une agence). Combien d'images doivent être produites pour en vendre

2000? En tout cas plus que ne le peut un seul photographe par mois!

Si les photographes ne peuvent pas vivre de leur travail, ils vont disparaître. C'est une évidence.

Dans le meilleur (ou le pire) des cas, ils continueront la photo comme un hobby.

Qui fournira alors, les photos de nos magazines, de nos livres? Des grosses agences

photographiques internationales propriétaires de leur fonds qui imposent une vision unique du

monde et des amateurs...

Amateur n'a rien de péjoratif sous les touches de mon clavier. Le photographe amateur fait des

photos parce qu'il a rêvé devant des images de professionnels et il a mis sa patience et sa

passion à tendre vers l'excellence que représentait ces modèles. Cependant l'amateur, par son

statut même, n'a pas les exigences du photographe professionnel. Exigences de rentabilité

financière, puisque son revenu vient d'autres sources et exigence créative, car il a le choix de ne

produire que des images qui lui font plaisir.

Le corolaire de cette situation, c'est la disparition de la plupart des photographes qui faisaient par

leur nombre et leurs multiples créations la richesse des fonds photographiques. Cette perte de

talent, d'originalité et de diversité ne va pas se voir tout de suite. On s'habitue facilement à la

banalisation des images qu'on nous propose. Le processus a déjà commencé.

Réfléchissons ensemble à nos responsabilités dans le processus.

Une chose est sûre : pour que la photo soit durable, elle doit être équitable.


Source : Catherine Deulofeu

                Fondatrice de l'agence Biosphoto

                catherine.deulofeu@biosphoto.com

Texte à méditer, pour tout les acheteurs et tout les photographes, amateurs ou professionnels.

Par Matthieu Soudet - Publié dans : Divers
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